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Les assurances sociales, branche par branche

Le système suisse est généreux et presque personne n’en tire ce à quoi il a droit — non par mauvaise volonté des caisses, mais parce que personne ne fait la synthèse entre les branches. La loi oblige pourtant les assureurs sociaux à vous renseigner gratuitement sur vos droits, y compris sur les prestations d’autres assureurs art. 27 LPGA.

Le cœur du sujet

Les délais qui coûtent cher

Dans les assurances sociales, l’essentiel de l’argent se perd sur des dates, pas sur des arguments. Voici les échéances qui font la différence.

SituationLe délaiCe que vous perdez si vous le manquez
Demande de rente AIDroit né au plus tôt 6 mois après le dépôtChaque mois de retard au dépôt est une perte sèche et irrécupérable de rente art. 29 al. 1 LAI.
Prestations complémentairesEffet le mois du dépôtAucune rétroactivité au-delà. Les mois antérieurs sont définitivement perdus.
Frais de maladie remboursés en sus des PC15 mois dès réception de la factureSoins dentaires, aide à domicile, moyens auxiliaires, franchise et quote-part : un poste très largement sous-réclamé.
Opposition à une décision d’assurance sociale30 joursLa décision devient définitive et n’est plus contestable art. 52 LPGA.
Recours au tribunal cantonal des assurances30 jours dès la décision sur oppositionFin de la voie de droit art. 56–60 LPGA.
Préavis AI30 jours pour se déterminerC’est le vrai moment d’intervention : contester l’expertise ou la comparaison des revenus avant la décision est bien plus efficace qu’un recours tardif.
Inscription au chômageAu plus tard le premier jour de chômageEt les recherches d’emploi doivent avoir commencé avant l’inscription : leur insuffisance est la première cause de suspension d’indemnités.
Changement de caisse-maladieRésiliation reçue avant le 30 novembreUne année entière à la prime de l’ancienne caisse. Et le changement est bloqué en cas d’arriérés de primes.
Demande de rente AVS3 à 4 mois avant l’âge de référenceLa rente n’est jamais versée automatiquement : sans demande, rien n’arrive.
Allocations familialesRétroactivité jusqu’à 5 ansBonne nouvelle inverse : il est souvent encore temps de récupérer des droits non demandés.

Les montants, seuils et barèmes changent au 1er janvier de chaque année et varient partiellement selon le canton. Les informations de cette page sont données à titre indicatif et ne remplacent pas un examen de votre dossier.


Branche par branche

Ce que nous faisons, concrètement

AVS — rente de vieillesse et 1er pilier

Le geste le plus rentable est le premier : demander l’extrait de compte individuel auprès de la caisse de compensation. Il révèle les lacunes de cotisation — années d’études, séjours à l’étranger, périodes sans activité — dont chacune ampute la rente. Une lacune peut encore être comblée dans les cinq ans.

  • Contrôle des bonifications pour tâches éducatives et pour tâches d’assistance. Ces dernières doivent être demandées chaque année : c’est une cause fréquente de droits perdus.
  • Vérification du splitting des revenus entre époux.
  • Dépôt de la demande de rente, trois à quatre mois avant l’âge de référence.
  • Analyse d’une anticipation (réduction actuarielle) ou d’un ajournement (supplément), y compris en perception partielle.
AI — de la détection précoce à la rente

C’est la procédure la plus longue, la plus technique et celle où l’accompagnement change le plus de choses.

  • Détection précoce — une communication écrite à l’office AI, possible dès une incapacité de travail d’environ trente jours ou des absences répétées. Elle peut émaner de l’assuré, d’un proche, de l’employeur, du médecin, de l’assureur ou de l’aide sociale. Ce n’est pas une demande de prestations : la confusion entre les deux coûte des mois.
  • Intervention précoce — jusqu’à douze mois : adaptation du poste, formation, placement, réadaptation socioprofessionnelle. Aucun droit ne peut en être déduit et aucune indemnité journalière n’est versée durant cette phase.
  • Dépôt de la demande — le seul acte qui fait courir le droit. L’office AI instruit alors toutes les prestations envisageables, même celles qui n’ont pas été demandées.
  • Réadaptation avant rente — c’est le principe légal. La rente suppose une incapacité de travail d’au moins 40 % en moyenne pendant une année entière.
  • Préavis, puis décision — trente jours pour se déterminer sur le préavis. C’est le moment utile pour discuter l’expertise médicale, le profil d’exigibilité et la comparaison des revenus.
  • Coordination avec le 2e pilier — l’institution de prévoyance est en principe liée par le degré d’invalidité fixé par l’AI. Bien mener la procédure AI, c’est aussi déterminer sa rente LPP.

L’angle mort le plus coûteux : pendant une procédure AI qui dure deux à quatre ans, beaucoup de personnes basculent à l’aide sociale, qui sera ensuite remboursée rétroactivement sur la rente obtenue. Accélérer et sécuriser la procédure produit une valeur mesurable en francs.

Allocation pour impotent et contribution d’assistance

Prestation massivement sous-demandée. L’impotence se mesure au besoin d’aide pour les six actes ordinaires de la vie — se vêtir, se lever et se coucher, manger, soins du corps, aller aux toilettes, se déplacer et entretenir des contacts — ou au besoin de surveillance personnelle. Un délai de carence d’un an s’applique.

Le droit existe aussi bien à l’AI qu’à l’AVS, et le montant dépend du degré (faible, moyen, grave) et du lieu de vie (domicile ou home). Pour les personnes vivant à domicile au bénéfice d’une allocation, une contribution d’assistance peut financer l’aide apportée par des personnes engagées directement.

Prestations complémentaires — et les deux pièges de la réforme

Les PC complètent une rente AVS ou AI lorsque celle-ci ne couvre pas les besoins vitaux. Elles supposent un seuil de fortune : la valeur du logement que vous habitez n’est pas comptée.

  • La PC annuelle = dépenses reconnues moins revenus déterminants. Les dépenses reconnues comprennent les besoins vitaux, le loyer dans les limites d’un plafond, un forfait pour frais accessoires, la prime d’assurance-maladie jusqu’à la prime moyenne cantonale.
  • Les frais de maladie et d’invalidité sont remboursés en plus de la PC annuelle : soins dentaires, aide et soins à domicile, séjours temporaires en home, régimes, transports, moyens auxiliaires, franchise et quote-part. À réclamer dans les quinze mois.
  • Piège 1 — la restitution par les héritiers. Les PC légalement perçues depuis 2021 doivent être restituées sur la succession pour la part dépassant un seuil. À anticiper, et à expliquer à la famille avant, pas après.
  • Piège 2 — le dessaisissement. Une consommation de fortune jugée excessive est imputée comme si elle existait encore. Donner de son vivant sans conseil peut coûter très cher.
LAMal — primes, franchise, subsides et primes impayées
  • Affiliation obligatoire dans les trois mois dès la prise de domicile ou la naissance. Au-delà, l’effet est reporté et un supplément de prime peut s’appliquer.
  • Franchise et modèle : une franchise haute n’est pas rentable pour tout le monde. Les modèles alternatifs — médecin de famille, HMO, télémédecine, pharmacie — réduisent la prime de 10 à 20 %.
  • Changement de caisse : résiliation à faire parvenir avant le 30 novembre. Impossible en cas d’arriérés de primes ou de participations aux coûts.
  • L’erreur classique : résilier ses complémentaires en même temps que l’assurance de base. L’assurance de base est acceptée sans réserve ni questionnaire de santé ; les complémentaires relèvent du droit privé et peuvent vous être refusées ensuite. Un assureur ne peut pas exiger la résiliation de la complémentaire pour laisser partir la base.
  • Primes impayées : rappel, sommation, poursuite, acte de défaut de biens. Les cantons peuvent tenir une liste d’assurés défaillants entraînant la suspension de la prise en charge des soins, sauf urgence médicale. Sortir de cette spirale est prioritaire dans tout mandat.
  • Subsides neuchâtelois : un nouveau modèle d’automaticité mixte s’applique — reconduction automatique pour les bénéficiaires existants, courrier avec coupon-réponse pour les nouveaux ayants droit, passage par les guichets sociaux régionaux pour les indépendants et les situations qui ont changé.

L’aide aux subsides est assurée gratuitement par les guichets sociaux régionaux et l’office cantonal. CapSocial n’est ni mandatée ni affiliée à l’État de Neuchâtel. Nous n’intervenons que si vous souhaitez déléguer l’ensemble du suivi ; sinon, nous vous indiquons la bonne porte.

2e pilier — libre passage et avoirs oubliés

Des milliards de francs d’avoirs de prévoyance professionnelle dorment en Suisse sans que leurs titulaires le sachent : comptes de libre passage laissés derrière soi à chaque changement d’emploi, interruption de carrière, départ à l’étranger.

  • Recherche auprès de la Centrale du 2e pilier (Fonds de garantie LPP) — la démarche est gratuite.
  • Vérification auprès de l’Institution supplétive, qui reçoit les avoirs sans contact.
  • Reconstitution du parcours de prévoyance et regroupement des comptes.
  • Analyse des conditions de versement en espèces et d’un retrait pour l’accession à la propriété.
Chômage, accidents, APG et allocations familiales
  • Chômage : inscription à l’ORP au plus tard le premier jour de chômage, recherches d’emploi documentées avant l’inscription, choix libre de la caisse, suivi du délai-cadre et contestation des suspensions d’indemnités.
  • Accidents (LAA) : couverture maintenue 31 jours après la fin des rapports de travail, prolongeable par convention d’assurance par accord — un point pratique presque toujours ignoré lors d’un licenciement.
  • APG maternité et paternité : conditions d’affiliation et d’activité préalable, prolongation en cas d’hospitalisation prolongée du nouveau-né, allocation de prise en charge pour un enfant gravement atteint dans sa santé.
  • Allocations familiales : montants cantonaux supérieurs au minimum fédéral, allocation de formation jusqu’à 25 ans, et rétroactivité possible jusqu’à cinq ans.
Aide sociale — ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas

L’aide sociale n’est pas une assurance. Les assurances sociales donnent un droit acquis par cotisation ou affiliation ; l’aide sociale est un filet de dernier recours, soumis à conditions de ressources, cantonal, et remboursable dans certains cas (retour à meilleure fortune, avance sur succession ou sur prestations d’assurance).

À Neuchâtel, les guichets sociaux régionaux sont le point d’entrée unique et gratuit pour l’aide sociale, les subsides d’assurance-maladie, les avances sur pensions alimentaires et les bourses d’études. Notre rôle n’est pas de les remplacer : c’est d’éviter, quand c’est possible, d’avoir à y recourir, en faisant valoir à temps les droits d’assurance.

Pouvez-vous nous représenter face aux assurances ?

Oui. En procédure administrative d’assurances sociales, toute partie peut se faire représenter par un mandataire art. 37 LPGA : il n’y a pas de monopole de l’avocat. Ce monopole existe en revanche en procédure civile et pénale — pour cela, nous vous orientons vers un avocat.

Notre activité en assurances sociales est fondée sur le brevet fédéral de spécialiste en assurances sociales, délivré par la Fédération suisse des employés en assurances sociales.